Gaslighting
Un mot que l’on entend de plus en plus sur les réseaux. Ce mot qui nous vient de l’autre côté du pacifique.
Un mot qui symbolise l’emprise psychologique que peut avoir une personne sur soi.
Autant il peut être repris dans la sphère psychologique, autant il est aussi valable dans le milieu spirituel.
Qui se nomme : Le gaslighting spirituel.
Tout comme l’égo s’est paré du manteau spirituel, certains concepts psychologiques peuvent aussi se parer de beaux préceptes spirituels pour justifier une prise de pouvoir …. en toute bienveillance évidemment !
Pourquoi cette mise en garde ?
Grâce à l’émancipation de la spiritualité ces dernières décennies et encore plus avec le mouvement New-Age, chacun a pu s’approprier certains concepts et surtout se sentir un peu … disons … plus éveillé que le commun des mortels.
Chaque vague d’éveil détient ses qualités, permettant à la population de s’élever au-dessus de son niveau de conscience actuel. Mais à un moment donné, la vague doit redescendre, se stabiliser, prendre du recul pour revenir et continuer son cycle. Ainsi va le mouvement de la vie.
Essaimer à tout va notre nature spirituelle, la nature de notre réalité, notre nature divine et que le monde matériel n’est que la manifestation physique de notre monde intérieur, a permis un éveil de masse.
Le souci ?
C’est que pour beaucoup, ils préfèrent en rester à cette phase.
Il arrive un moment où on se questionne sur le bien fondé de ces nouveaux concepts, de cette nouvelle norme perceptive. Est-ce cela la finalité ?
Non, ça ne l’est pas. Ce n’est qu’un segment de ce que l’on expérimente à un instant de notre humanité.
Croyant détenir LA vérité, de nombreuses personnes ont essayé de réveiller leurs proches afin de leur partager la bonne nouvelle. Il est plus gai de partager cet émerveillement afin de ne pas se sentir seul dans ce nouveau paradigme.
Tentatives de réveils en vain, pour beaucoup. Mais la vie, elle, n’a pas dit son dernier mot. Elle a plus d’un tour dans son sac pour nous amener à cette restauration humaniste et cocréative dont on parle tant.
Vous savez, quand une personne ,partiellement ou totalement, déconnectée d’elle-même, de son corps, de son humanité, de ses émotions, entre dans la spiritualité, peu importe la porte, elle trouve des réponses à toutes ses questions existentielles. Elle (re)trouve une famille, elle trouve un sens, elle trouve une place, elle découvre un monde rempli de merveilles.
Ce sentiment d’émerveillement et d’appartenance vient combler des vides intérieurs, panser des blessures, créer de nouveaux liens.
Il est très fréquent de vouloir quitter un monde (le monde matériel) pour nourrir ce nouveau monde spirituel. Nouveau uniquement dans le sens que l’on retrouve et reconnecte cette part de soi.
Nous nous rapprochons de gens qui pensent comme nous, nous arborons des images lumineuses, douces, bienveillantes, mais tapis dans l’ombre, nos blessures et vides d’autrefois guettent l’instant où ils pourront être entendus et reconnus.
La spiritualité nous offre une bouffée d’air frais dans un monde où l’on étouffe. C’est une nouvelle respiration. Mais le problème est cette croyance qui s’infiltre dans l’esprit des gens à l’intérieur de cette nouvelle matrice : que tous les problèmes disparaitront d’un seul coup (ou presque). Sans nécessairement se bouger les petits orteils. Qu’avec quelques mantras, des pensées positives, et une alimentation purement lumineuse, nous ascensionnerons vers notre Soi Supérieur. Ou bien guérirons de tous nos mauvais karmas en consultant des énergéticiens.
Tous ces concepts « faciles », en apparence, et d’apparence, nous ont éloigné de notre humanité, et par extension, de l’humanité des autres.
Un égo en souffrance reste un égo en souffrance. Des pathologies psychologiques restent pathologiques tant qu’elles ne sont pas prises en charge. Peu importe que l’on trouve une signification spirituelle ou pas. Peu importe que l’on médite, que l’on se forme à diverses techniques ou que l’on reconnecte avec son âme, un égo en souffrance, non vu, non entendu, non considéré, trouvera toujours des compensations peu importe le milieu dans lequel il évolue.
Alors, le gaslighting spirituel, ça se manifeste comment ?
C’est une forme de manipulation psychologique visant à faire douter une personne de sa propre réalité, de ses émotions, et de ses perceptions. Quand cette dynamique est habillée de concepts « élevés » (karma, vibration, ego, guidance, éveil,…), elle devient encore plus difficile à repérer, car elle se cache derrière de belles intentions ou des discours séduisants.
Le gaslighting spirituel est une déconnexion de soi déguisée en éveil.
La où la prise de pouvoir commence
« Tu es encore trop dans ton ego, c’est pour ça que tu ne comprends pas »
« Tu n’as pas attiré cette violence pour rien, tu as surement quelque chose à apprendre de ça. »
« Si tu vibrais plus haut, tu ne vivrais pas ce genre de situations. »
« Attention tu vas attirer cette situation à force d’y penser. »
« Si tu ne me fais pas confiance, c’est que tu n’as pas suffisamment travaillé sur ta foi. »
« Tu ne ressens pas les énergies ? Tu dois être bloqué ou fermé. »
« Une personne spirituelle n’éprouve pas de colère . »
« Tout est illusion, ta souffrance est une illusion. »
« Ce que tu vis, c’est ton karma, tu dois l’accepter. »
« Tu n’es pas encore prêt à entendre cette vérité. »
« Tu attires ce que tu vibres. Si tu vis des choses dures, c’est que tu vibres mal. »
Ces phrases peuvent paraître sages, mais utilisées au mauvais moment, ou sans nuance, elles détruisent la confiance en soi, culpabilisent, et maintiennent les personnes sous emprise.
Sous couvert de bienveillance et de vouloir aider l’autre, nous nous permettons de « corriger » certains comportements, qui ne sont que des fonctionnements humains.
Le problème dans toute cette connaissance et cette accessibilité spirituelle, c’est que nous mettons de côté l’aspect humain, corporel, psychologique, physiologique et biologique de l’être humain.
Un être spirituel incarné dans un corps de chair, oui, mais avec tout ce que cela comporte.
Toutes ces phrases se veulent gentilles, bienveillantes et je pense qu’au fond il n’y a pas de mauvaise intention. Mais nous pouvons faire preuve de maladresse, de méconnaissance et surtout manquer de discernement.
10 red flags : les signes d’un environnement spirituel toxique
- Tu te sens rabaissé.e sous prétexte d’égo ou de non-éveil.
- Tu n’as plus le droit d’exprimer ta colère, ta tristesse ou ton incompréhension.
- On te demande de faire confiance sans poser de questions.
- Ton ressenti ou ton intuition sont contredits ou minimisés.
- Tu es invité.e à « te réaligner » à chaque fois que tu exprimes un désaccord.
- On parle beaucoup de lumière, mais jamais d’ombre, de limites, ou de réalité incarnée.
- Tu te sens toujours « pas assez », jamais au bon niveau.
- On te fait croire que tout est de ta faute, au nom de la co-création ou de la loi d’attraction.
- Tu observes un culte du silence ou du positif à outrance.
10. Tu ressors d’un espace spirituel avec plus de confusion que de clarté.
10 green flags : les signes d’un espace spirituel sain et sécure
- Ton ressenti est accueilli, pas corrigé.
- Tu es libre de douter, de t’interroger, d’aller à ton rythme.
- Les émotions humaines sont honorées, pas diabolisées.
- Le ou la guide ne se positionne pas comme supérieur.e, mais comme un miroir ou un compagnon de route.
- Tu sens plus de paix, de clarté, de reliance à toi après un échange.
- On t’encourage à expérimenter par toi-même, pas à croire sur parole.
- Tu ne te sens jamais humilié.e ou jugé.e.
- L’espace honore le mystère et ne prétend pas tout savoir.
- Tu es invité.e à ressentir dans ton corps, pas seulement à comprendre avec ta tête.
- Tu te sens souverain.e, libre, digne, jamais dépendant.e.
Comment se prémunir contre l’abus spirituel ?
- Honore ton vécu : tes émotions, limites et perceptions sont valides, même si elles ne rentrent pas dans un cadre « éveillé ».
- Fuis le dogme : la vraie spiritualité ne nie pas l’humain, elle l’embrasse.
- Pose des limites claires : même dans les cercles spirituels.
- Fais appel à ton discernement : si tu te sens confus.e, rabaissé.e ou déconnecté.e de toi après un échange, c’est un signal.
- Pratique l’ancrage : toute spiritualité saine inclut le corps, la matière, la réalité ici et maintenant.
J’aime beaucoup les exercices créatifs, somatiques et le journaling pour agir au niveau de l’inconscient et du conscient.
Voici 3 exercices pour entrainer ton discernement spirituel
- Baromètre intérieur de vérité
Quand tu reçois une « vérité », une guidance, une parole spirituelle, pose-toi ces 3 questions :
- Est-ce que ça m’ouvre ou est-ce que ça me contracte ?
- Est-ce que ça me rend plus vivant.e, ou plus confus.e ?
- Est-ce que ça me ramène à moi, ou à la volonté de l’autre ?
Si tu sens de la peur, du malaise, de la culpabilité : pause.
Ce n’est pas parce que c’est spirituel que c’est juste.
- Journal de souveraineté
Prends un carnet. À chaque expérience spirituelle, note :
- Ce que j’ai ressenti pendant /après
- Est-ce que j’ai pu m’exprimer librement ?
- Est-ce que mes limites ont été respectées ?
- Est-ce que je me sens plus aligné.e à ma vérité, ou plus dépendant.e d’un système/personne ?
- Une phrase clé que j’ai envie de garder, et une que je veux rejeter.
Avec le temps, tu repéreras ce qui te nourrit vraiment.
- Le test du « je peux dire non »
Dans tout accompagnement, cercle ou guidance :
- Est-ce que je peux dire « non » sans craindre d’être jugé.e ou exclu.e ?
- Est-ce que mon refus est écouté … ou retourné contre moi ?
Si dire non crée du malaise ou du rejet, tu n’es pas dans un espace sûr, même s’il est habillé de lumière.
As-tu déjà vécu une situation où ton vécu, ton monde intérieur ont été nié ou méprisé ?

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