Vivre dans la réactivité : du réflexe de survie à la liberté créative

Vivre dans la réactivité, c’est avoir l’impression que notre vie nous échappe un peu. Les événements extérieurs nous heurtent, déclenchent en nous des vagues émotionnelles, et sans même y réfléchir, nous répondons par un réflexe. Parfois dans la colère, parfois dans le retrait, parfois dans la justification ou la défense. Comme si chaque parole, chaque geste de l’autre venait appuyer sur un bouton déjà programmé en nous.

C’est un mode de fonctionnement profondément humain, et en réalité, il n’a rien d’anormal. Il vient de très loin, de nos mémoires les plus anciennes : nos systèmes nerveux sont faits pour nous protéger. Face à ce qui ressemble à un danger, le corps prend les commandes. Le cœur accélère, les muscles se contractent, l’adrénaline monte. Notre cerveau reptilien – celui qui gère l’instinct de survie – active alors des scénarios automatiques : attaquer, fuir ou se figer. Ces réactions étaient vitales lorsque nos ancêtres devaient échapper à un prédateur. Elles le sont beaucoup moins quand il s’agit simplement d’un collègue qui nous interrompt, d’un partenaire qui hausse la voix ou d’un retard de train. Pourtant, notre corps réagit comme si notre vie en dépendait.

Sous cette réactivité, il y a aussi toutes nos blessures émotionnelles accumulées. Chaque fois que nous avons été rejetés, humiliés, trahis, abandonnés, ces empreintes se sont inscrites dans notre mémoire. Alors, quand une situation actuelle réveille une blessure passée, le corps et l’émotion surgissent ensemble, sans filtre. On ne réagit pas seulement à ce qui se passe ici et maintenant : on réactive toute une histoire déjà vécue.

Et c’est là qu’il est important d’apporter de la compassion. Parce que personne ne choisit délibérément de surréagir, de se mettre en colère trop vite, ou de se fermer au contact. Ce sont des mécanismes de protection. Des tentatives du corps et du psychisme pour nous préserver d’une douleur plus grande. Comprendre cela permet de se libérer de la culpabilité et du jugement que nous pouvons avoir envers nous-mêmes.

La réactivité n’est pas une erreur. C’est une stratégie de survie. Mais nous ne sommes pas condamnés à vivre en mode survie. Nous avons une autre voie : celle de la réponse consciente et créative.

Cela commence par un pas tout simple, mais puissant : l’observation. Prendre une respiration avant de répondre. Sentir ce qui se passe dans son corps : la chaleur qui monte, la gorge qui se serre, le ventre qui se contracte. Nommer ce que l’on traverse : « Je sens de la colère », « Je sens de la peur ». Déjà, en le reconnaissant, nous ne sommes plus totalement identifiés à la réaction. Nous créons un espace entre le stimulus et notre action.

Dans cet espace naît la liberté. Là, nous pouvons choisir : vais-je répéter l’automatisme, ou vais-je inventer une autre façon de répondre ? Une réponse qui n’est pas dictée par le passé, mais par la personne que je souhaite être aujourd’hui.

Choisir la réponse créative, ce n’est pas toujours « répondre avec douceur et sourire ». Parfois, la réponse créative est de poser une limite ferme, de dire non, ou de prendre du recul. Mais cette fois, ce n’est plus une explosion ou une fuite impulsive. C’est une décision consciente, enracinée dans notre souveraineté intérieure.

Petit à petit, en pratiquant cette observation et ce choix, nous rééduquons notre système nerveux. Nous lui montrons qu’il y a d’autres chemins que l’attaque, la fuite ou la sidération. Nous ouvrons l’espace de la création, où chaque situation devient une opportunité de manifester la personne que nous désirons devenir.

Alors, la prochaine fois que tu sentiras la réactivité monter, rappelle-toi ceci : ce n’est pas une faute. C’est un réflexe de protection. Accueille-le avec compassion. Respire. Observe. Et laisse venir la réponse qui ouvre, plutôt que celle qui enferme. C’est ainsi que l’on passe du mode survie au mode créateur, et que l’on reprend les rênes de sa vie.

Schéma : Du mode réactif au mode créatif

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